Témoignage -18 mai 1956. L'embuscade de Palestro.

Le sous-lieutenant ARTHUR, les sergents CHORLIET et BIGOT, les caporaux-chefs GALLEUX et AUROUSSEAU, les caporaux POITREAU et HECQUET, les soldats DESRUET, DUFOUR, CARON, DOBEUF, GOUGEON, CARPENTIER, SERREAU, FRANÇOIS, VILLEMAUX, CHICANDRE, NICOLAS, DAIGNEAUX, DAVID-NILLET, DUMAS
partent dès l'aube pour une mission de reconnaissance au douar Amal, près de l'Oued Djerrah. Ces vingt et un rappelés (1) du 9é RIC sont basés non loin de là, à Beni-Amrane entre Menouville et Palestro (2) en Grande-Kabylie. La matinée suffira donc pour un tel parcours.

Ces garçons, inexpérimentés, sont arrivés depuis une semaine de métropole. Leur principale tâche est de surveiller l'axe routier Alger-Constantine souvent coupé à Palestro ; mais leur chef, Hervé ARTHUR, veut aussi agir dans le cadre de la pacification, idée de Max LEJEUNE, dont la mise en application a fait que le général LORILLOT a obtenu le rappel de 5OO 000 hommes. Il s'agit pour le petit détachement d'entrer en contact avec la population. Arrivé à Amal, l'officier est salué militairement par les Kabyles, la conversation s'engage ; casse-croûte et pour ARTHUR, kaoua offert par le chef du village.

La marche reprend à 10 heures ; vers 11 heures, c'est l'embuscade. Elle est organisée par Khodja, un déserteur qui dispose d'armes automatiques et de fusils de chasse. Son groupe est protégé par les rochers et le piège organisé depuis plusieurs jours avec la complicité de la population : emplacements de tir préparés et barbelés disposés sur le terrain empêchant les soldats de décrocher. Le combat dure vingt minutes. DUMAS, SERREAU, CHORLIET, AUROUSSEAU, CARON et DAVID-NILLET sont faits prisonniers. Les autres sont morts. Trois rebelles sur trente-cinq aussi.

Les prisonniers blessés sont abandonnés dans une mechta. Seuls DUMAS et DAVID-NILLET sont acheminés jusqu'à la grotte des rebelles, ils écrivent à leur.famille. Les unités de recherche arrivent à l'aube du 19 mai : CARON a été achevé, des corps, suppliciés avec une très grande sauvagerie sont exposés sur des rochers. On espéra vainement retrouver en vie CHORLIET, SERREAU et AUROUSSÉAU.

Le 23 mai, la bande de Khodja, repliée dans des grottes près de Tifrène est accrochée par le ler R.E.P. et le 20è B.P.C. Dix-sept fellaghas sont tués, DUMAS est délivré, DAVID-NILLET trouve la mort pendant l'assaut.

Le F.L.N. tira bénéfice de ce massacre; les partisans de la négociation pourront argumenter face à une opinion publique déjà très sensibilisée, par l'impopulaire mesure du rappel des réservistes.
C.T.
(1)Dont quinze étaient pères de famille. (2) Aujourd'hui Lakhdaria.

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